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28/11/2008

L'armée indienne reprend le contrôle d'un hôtel à Bombay

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L'armée a tué deux terroristes et découvert 24 corps dans l'enceinte de l'Oberoi/Trident. Des explosions et des échanges de tirs ont encore eu lieu ce matin, non loin de là, au Taj Mahal et près de la gare.

Le bras de fer entre les services de police indiens et des extrémistes islamistes touche à sa fin, plus de 36 heures après les attaques qui ont fait au moins 130 morts - dont une dizaine d'étrangers - et plus de 300 blessés à Bombay, selon le dernier bilan disponible.
Vers 16 heures (heure locale, 10h30 à Paris), les forces spéciales indiennes ont annoncé avoir repris le contrôle de l'hôtel Oberoi/Trident, où 24 corps ont été découverts. «Le Trident a été évacué, nous avons tué deux terroristes», a confirmé leur commandant. Au total, 148 otages ont pu être libérés, parmi lesquels de nombreux étrangers.
L'ambassadeur de France en Inde, Jérôme Bonnafont, a annoncé au micro de RTL que l'équipage d'Air France et «un de nos compatriotes» retenus captifs dans cet hôtel de luxe ont été relâchés. Le diplomate a indiqué qu'il était lui-même «sur place pour les accueillir» et qu'un avion spécial a été affrété pour les rapatrier en France. Quelques minutes plus tard, Bernard Kouchner a précisé sur France Inter que 20 autres Français ont été «récupérés» sains et saufs par les autorités consulaires.
Un peu plus tôt, les forces de sécurité avaient indiqué que des commandos avaient aussi pratiquement repris le contrôle du Taj Mahal, l'autre hôtel de luxe attaqué. Ce qu'a confirmé l'ambassadeur de France. Mais deux explosions et des coups de feu ont été entendus peu après à l'intérieur d'une aile plus ancienne de l'hôtel, où les forces de sécurité tentent de venir à bout d'un combattant islamiste. Il détiendrait au moins deux otages, selon le site Indian Express.
Par ailleurs, au moins 17 soldats des forces spéciales ont été largués par hélicoptère sur le Centre juif de Bombay, où un nombre indéterminé de personnes, dont des ressortissants israéliens, y seraient retenues par trois hommes armés. Des explosions et des tirs provenant de l'intérieur de l'immeuble ont également être entendus, ainsi qu'autour de la gare.

Ils réclament la fin des «persécutions»
Mercredi, Bombay, mégalopole de la côte ouest de l'Inde, centre financier de la dixième puissance économique mondiale, a été le théâtre d'une série d'attaques menées par des hommes armés de fusils d'assaut et de grenades, qui ont visé, outre les deux hôtels, huit autres cibles, dont la gare centrale et un hôpital.
Ces actions ont été revendiquées au nom d'un groupe islamiste, les Moujahidine du Deccan, du nom du plateau qui couvre le centre et le sud de l'Inde. L'un des islamistes retranchés dans l'Oberoi/Trident a fait savoir au téléphone à la télévision indienne que le groupe réclamait la fin des «persécutions» à l'encontre des musulmans d'Inde et la libération des islamistes détenus dans ce pays.
Un haut responsable militaire indien a affirmé que les assaillants étaient venus du Pakistan, souvent accusé par l'Inde de soutenir des activistes musulmans à l'origine d'attentats sur son sol. Le premier ministre indien Manmohan Singh a accusé jeudi un groupe basé «en dehors» du pays d'être responsable, dans une allusion voilée au Pakistan. Accusations que le ministre indien des Affaires étrangères a réitérées vendredi et qu'Islamabad a rejetées.
Selon l'agence de presse indienne PTI, citant des sources officielles, trois extrémistes, dont un ressortissant pakistanais, ont été arrêtés dans l'hôtel Taj Mahal. Cet homme est présenté comme étant Ajmal Amir Kamal, un habitant de Faridkot, au Pakistan. L'agence affirme que les extrémistes sont membres du Lashkar-e-Taiba, un groupe armé islamiste basé au Pakistan et connu notamment pour avoir attaqué le Parlement indien en 2001.
Le Pakistanais a déclaré aux enquêteurs indiens, selon PTI, que le groupe de 12 extrémistes auquel il appartenait avait été conduit par un navire marchand près des eaux territoriales indiennes et avait gagné Bombay à bord d'un petit hors-bord. Les autorités enquêtent désormais pour savoir s'il y a eu ou non piraterie sur ce navire.
Selon le site Indian Express, les Etats-Unis ont dépêché sur place des enquêteurs et des experts du FBI pour venir en aide aux services secrets indiens.

«Les terroristes veulent défier l'autorité devant les caméras»

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Spécialiste du sous-continent indien, Olivier Guillard est directeur de recherches Asie à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

Les attaques simultanées aux quatre coins d'une même ville sont devenues la spécialité des terroristes en Inde. Que nous apprend ce modus operandi ?Les attaques de Bombay sont assez inédites de ce point de vue: des prises d'otages à une telle échelle, avec des objectifs à fort intérêt médiatique représentatifs de « l'Inde qui brille », ainsi qu'une volonté de frapper la population avec les attaques contre la gare - une des plus fréquentées du monde - ou l'hôpital. De plus, il ne s'agit pas de bombes que l'on pose et qui explosent plus tard. Ces attaques, avec des dizaines d'hommes à visage découvert, marquent la volonté de défier l'autorité dans la rue, la grenade à la main, et devant les caméras. Il ne « manquait » qu'un attentat suicide pour parfaire le tableau, c'est ce qui peut d'ailleurs faire douter d'un lien éventuel avec al-Qaida.

Que sait-on avec certitude du groupe qui a revendiqué les attaques de Bombay ?
On sait très peu de choses sur ces Moudjahidines du Dekkan, et nous n'avons aucune certitude, si ce n'est que ce groupe n'avait aucune existence concrète, aucune trace, avant ces attaques. Il y a donc plusieurs hypothèses, parmi lesquelles celle d'un « prête-nom » ou encore d'une émanation des « Moudjahidines indiens » que l'on connaît déjà trop bien et qui surfent sur le thème de la « défense de la minorité musulmane opprimée », dans ce qui est le quatrième pays musulman du monde. Quoi qu'il en soit, il s'agit d'un groupe d'inspiration musulmane indienne radicale, qui a probablement puisé des savoir-faire à l'étranger.

Quel va être l'impact de ces attentats sur la scène indienne et internationale ?
Tout ceci intervient en période électorale, avec une grande incertitude autour des élections du printemps prochain. A l'heure actuelle, l'opposition nationaliste a le vent en poupe. Ces événements vont donc être instrumentalisés des deux côtés. Les nationalistes vont conspuer le gouvernement Singh, accusé d'impuissance, tandis que le gouvernement va accuser les ultranationalistes de jeter de l'huile sur le feu. Le premier ministre a d'ailleurs commencé à se défausser en accusant une main extérieure. Une façon à peine masquée d'accuser le voisin pakistanais et de fédérer la nation indienne. D'autre part, le regard des chancelleries occidentales va changer. Ces attaques portent à leur intention un message qui entre en résonnance avec les demandes de groupes terroristes internationaux en Irak ou en Afghanistan, sur le thème du rejet de l'occupant occidental (lire les réactions internationales).


27/11/2008

La police libère les otages d'un hôtel de Bombay

Des dizaines de personnes sont toujours cloitrées ou retenues en otage après la série d'attaques coordonnées qui a frappé Bombay, mercredi.

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De nouvelles explosions ont été entendues ce matin à l'hôtel Oberoi où des Occidentaux pourraient encore être retenus en otage. Avec le Taj Mahal et le Trident (le nouveau nom de l'ancien Hilton), l'Oberoi est le troisième hôtel de luxe de Bombay à avoir été la cible d'attaques terroristes dans la soirée de mercredi. Déployés sur les lieux, la police indienne et les commandos de l'armée ont repris le contrôle de l'hôtel Taj Mahal, jeudi. «Des cadavres ont été retrouvés à l'intérieur, nous les avons sortis. Cette opération se poursuit», a lancé un responsable policier, en indiquant qu'il ne pouvait pas encore chiffrer le nombre d'étrangers retrouvés dans les chambres. Selon la BBC, quatre terroristes présumés ont été tués et neuf arrêtés. Par ailleurs, une action est en cours à la Nariman House, où un rabbin, Gavriel Holtzberg, a été pris en otage.
Les autorités ont indiqué que des dizaines de personnes étaient encore retenues en otage, sans donner plus de précision. Selon l'Indian Express, il y en aurait encore entre 100 et 200 dans l'Oberoi.
Une centaine de personnes ont été tuées et environ 300 autres blessées, lors d'une série de fusillades et d'explosions dans la soirée. Au moins quatre ressortissants étrangers - un Italien, un Britannique, un Japonais et un Australien - ont été tués et onze autres blessés dans ces attaques. Les blessés sont originaires de Grande-Bretagne, d'Australie, des Etats-Unis, d'Espagne, de Norvège, du Canada et de Singapour. La communauté internationale tout entière a condamné ces violentes attaques jeudi.
Plusieurs témoins rapportent que les terroristes ciblaient plus particulièrement des ressortissants britanniques et américains. «Les terroristes recherchent et tuent Américains et Britanniques, et ont relâché des Italiens et des Espagnols aprés verification de leurs passeports», a indiqué un témoin au figaro.fr. Des parlementaires et fonctionnaires européens en visite à Bombay ont été pris dans la fusillade, mais aucun ne semble avoir été blessé, affirme le Parlement européen.
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Les attaques ont eu lieu en sept points différents de la ville, dont les trois hôtels de luxe et un café très prisés des touristes et des hommes d'affaires étrangers, ainsi qu'une gare ferroviaire habituellement bondée. Les assaillants, lourdement armés de fusils d'assaut et de grenades, étaient visiblement «très jeunes». Un étudiant australien a raconté qu'ils ressemblaient à «des petits garçons». Jeudi, l'un des assaillants a indiqué que les siens appartenaient à un groupe islamiste indien réclamant la fin des persécutions contre les leurs. Se présentant lui-même comme un membre des Moujahidine du Deccan, groupe islamiste qui a revendiqué les attentats, l'homme a réclamé, depuis l'intérieur de l'hôtel Oberoi, la libération de tous les autres islamistes emprisonnés en Inde.
Selon un témoignage recueilli par lefigaro.fr, «il y a eu plusieurs détonations à cinq minutes d'intervalle sur le coup des 22-23 heures». Homme d'affaires français présent à Bombay, ce témoin raconte avoir «d'abord cru à un feu d'artifice, mais très vite les coups de téléphone portable entre hommes d'affaires et expat ont fait le boulot».